Mauregny,Un village, une histoire

Le Choléra de 1832


     D’après le Larousse encyclopédique et en résumé : « Le choléra est une maladie infectieuse, endémique dans l’Inde, épidémique en Europe où il apparut en 1832 (puis 1848, 1851, 1865, 1884 et 1892). Il est dû au bacille virgule découvert par KOCH en 1883. Il débute en général par des douleurs abdominales et une diarrhée. Les urines diminuent, le pouls devient filiforme, la soif ardente, la peau se plisse et se refroidit. La température baisse et le malade tombe en algidité (refroidissement des extrémités). Cette chute de la température peut aller jusqu’à 36° C - 32° C. Puis des crampes apparaissent, la peau se cyanose, les yeux s’excavent, une sueur visqueuse inonde le malade qui meurt en quelques heures ou quelques jours. Si le malade ne succombe pas en algidité au bout de huit à dix jours la convalescence se produit (période de réaction). La mortalité du choléra non traité est de 60 % au-dessous de 50 ans, de 85 % au-dessus. Le traitement consiste à donner au malade des bains chauds, à lui administrer de l’adrénaline, à faire des injections intraveineuses d’eau salée à 7 pour cent. Il existe aujourd’hui un vaccin préventif. En temps d’épidémie, il faut ne boire que de l’eau bouillie et n’absorber que des aliments cuits et tout désinfecter ».

· Le 31 mars 1832, le Journal de l’Aisne nous informe que : « Le Choléra morbus est décidément apparu à Paris. Dix individus attaqués ont été transportés les 17 et 18 à l’Hôtel Dieu ».

· Le 05 Avril 1832, il publie un arrêté de M. le Maire de la ville de Laon qui prescrit les mesures suivantes :

1. ... balayer chaque jour avec soin, toutes les parties aboutissant à une voie publique quelconque, et de n’y laisser séjourner aucun corps ou matières pouvant nuire à la salubrité de l’air.

2. Le balayage qui devra tous les jours être effectué dès 08 heures, sera d’ailleurs renouvelé autant de fois qu’il y aura nécessité de le faire...

3. Les ruisseaux devront être tous les jours lavés avec beaucoup de soin...

4. Il est formellement interdit de faire dans les rues... des dépôts de fumier.

5. Les établissements des bouchers, charcutiers seront l’objet d’une surveillance particulière de la police...

6. Les écuries et étables des bouchers devront toujours être tenus avec beaucoup de propreté... Le Maire informe qu’il y aura toujours en dépôt à la mairie du chlorure de chaux... »

· Le 07 Avril 1832, sous le titre : · « MESURES DE SALUBRITE »,

il publie un arrêté du Préfet de l’Aisne, dont voici de larges extraits :

Article 2 :

Les maires sont autorisés à faire acquisition de chlorure de chaux.

Article 3 :

Les pharmaciens et officiers de santé devront en avoir en dépôt.

Article 4 :

Prévoir dans les villes où existe un hospice, un local destiné à recevoir les malades.

Article 5 :

Si cette maladie se déclare, les médecins doivent en informer le Maire, qui informera les Sous-préfets. Un bulletin sanitaire sera transmis tous les jours par les maires.

Article 6 :

L’instruction populaire sur le choléra morbus... sera réimprimée et distribuée dans les communes. Les curés en feront lecture au prône.

Article 7 :

Dans les communes où les écoles se tiennent dans des endroits malsains et humides, on devra les transférer de suite dans des locaux bien aérés, et qui seront blanchis à la chaux. S’il n’en existait pas, les écoles devront être provisoirement fermées.

Article 8 :

Le présent arrêté sera placardé dans toutes les communes.

· Le 08 Avril 1832 : Cas de choléra à Chézy-sur-Marne.

· Le 12 avril 1832, il publie une :

« INSTRUCTION SUR L’EMPLOI DU CHLORURE DE CHAUX » pour :

- l’assainissement des habitations. - l’assainissement des habitations insalubres, ateliers, écoles, églises, hôpitaux, casernes, prisons... - l’assainissement des ateliers insalubres abattoirs, boucheries, charcuteries, fonderies de suif, fabriques de colle, ateliers de carroyages, etc. - la désinfection des égouts, des plombs, des latrines, des baquets d’urines ».

· Le 17 avril, il publie une première liste des malades, dont une Dame arrivant de Paris.

· Le 1er Mai 1832, il raconte que le choléra arrive à Coucy-lès-Eppes où il a attaqué Philippine RIGAUX, 49 ans et Joséphine GOSSET, 29 ans « toutes deux voisines d’une nourrice revenue de Paris depuis quelques jours ». L’épidémie sévit particulièrement à Coucy-lès-Eppes. On relève du 1er au 23 Mai, 99 cholériques dont 23 ont succombé.

· Le 24 Mai 1832, 51 communes dans l’arrondissement de Laon sont atteintes par le choléra.

· Le 28 Mai, il signale deux cas à Mauregny-en-Haye.

Nous allons donner maintenant la liste des décès d’après le registre d’état civil de Mauregny en y intercalant toutes les informations parues dans le Journal de l’Aisne.

Ces informations ne se recoupent pas exactement. Celles publiées dans le Journal de l’Aisne le sont évidemment avec retard, et sont peut être incomplètes.

- Jean Antoine GOBERT, 54 ans, décède le 24 Mai 1832.

Le 27 Mai 1832 :

Choléra à St Erme.

- Marie Louise DEAUX, 42 ans, décède le 27 Mai 1832.

Le 28 Mai :

2 cas à Mauregny : 1 homme et 1 femme.

Le 29 Mai :

- 1 nouveau cas, mort le même jour.

- Marie Marguerite ROUEN, 80 ans, décède le 29 Mai 1832. - Joseph MORET, 2 ans 2 mois, décède le 31 Mai 1832.

Le 03 Juin :

Du 01 au 02 Juin. - 34 cas cholérique à St Erme - 10 décès.

- 3 nouveaux cas dont 1 décédé. - Marie Louise FERTON, 13 ans 1/2, décède le 02 Juin 1832. - Marie Louise Charlotte DELEAU, 34 ans, décède le 02 Juin 1832.

Le 05 Juin :

-  2 nouveaux cas de choléra algide le plus intense sur 2 individus de 48 et 50 ans, l’un d’eux a succombé après 16 heures de souffrances. - 1 ancien malade est également décédé.

- Vincent VINCELET, 50 ans, décède le 02 Juin 1832. - Marie Marguerite BERTINCHAMP, 48 ans, décède le 03 Juin 1832.

Le 06 Juin :

- 1 décès sur anciens malades.

- Marie Jeanne BABLED, 75 ans, décède le 04 Juin 1832.

Le 08 Juin :

- 04 nouveaux cas du 04 au 07 Juin. - 3 de ces malades sont morts. - l’état du 4ème est désespérant. - Marie Barbe DEAUX, 80 ans, décède le 07 Juin 1832. - Françoise Célinie DESEUSTE, 51 ans,décède le 07 Juin 1832. - Marie Claude Rosalie GUYOT, 54 ans, décède le 07 Juin 1832.

Le 10 Juin 1832 :

Du 08 au 09 Juin. - 4 nouveaux cas - 2 décès sur les anciens malades

- Euphrasie DINET, 44 ans, décède le 08 Juin 1832.

Le 12 Juin 1832 :

Du 10 au 11 juin. - 2 nouveaux cas. - 1 décès sur les anciens malades.

- Elisabeth BONNET, 61 ans, décède le 11 Juin 1832. - Jean Pierre RETIF, 40 ans, décède le 11 Juin 1832.

Le 14 Juin 1832 :

Le 14 Juin. - A St Erme 35 décès en tout. - 1 décès sur les anciens malades.

- Rosalie BERTINCHAMP, 46 ans, décède le 12 Juin 1832. - Jean Pierre AUMONT, 77 ans, décède le 12 Juin 1832. - Jean Baptiste Alexis BOITELLE, 10 ans, décède le 12 Juin 1832. - Albert Alexis TANNEUR, 26 ans, décède le 13 Juin 1832. - Marie Josèphe Séverine BOURDIN, 6 ans 1/2, décède le 15 Juin 1832.

Du 16 au 30 Juin. - 5 nouveaux cas à Mauregny.

Le 17 Juin 1832 :

- 1 femme de 74 ans atteinte le 14 et morte le même jour. - 1 décès sur les anciens malades par suite de répercussion de la suette. - Marie Jeanne Marguerite BABLED, 67 ans, décède le 14 Juin 1832. - Marie Josèphe DESEUSTE, 54 ans, décède le 16 Juin 1832.

Le 18 Juin 1832 :

- 3 nouveaux cas - 2 décès

- Jean Louis Thomas TANNEUR, 24 ans 10 mois, décède le 17 Juin 1832. - Marie Josèphe DEWATINE, 66 ans 10 mois, décède le 18 Juin 1832. - Onésime Aldegonde BOITELLE, 11 mois, décède le 21 Juin 1832.

Le 23 Juin 1832 :

Du 20 au 21 Juin. - 72 morts en tout à St Erme. - 3 nouveaux cas dont 2 ont succombé du 20 au 21.

- Jean Claude BERNARD, 76 ans, décède le 19 Juin 1832. - Jacques GOBERT, 51 ans, décède le 21 Juin 1832. - Jean Baptiste BLOND, 48 ans, décède le 21 Juin 1832.

Le 25 Juin 1832 :

- 2 nouveaux cas sur 2 femmes, dont l’une était venue de Provisieux pour soigner son père. - 2 décès sur les anciens malades.

- Michel BRACONNIER, 68 ans, décède le 22 Juin 1832. - Charles Urbain GOBERT, 45 ans, décède le 22 Juin 1832. - Nicolas Jean Marie MORELLE, 71 ans, décède le 22 Juin 1832.

Le 26 Juin 1832 :

- 4 nouveaux cas.

Du 28 au 29 Juin 1832. - Courtrizy 1 décès. - 3 malades. - 3 décès.

- Véronique CORNET, 47 ans, décède le 26 Juin 1832. - Marie Jeanne Mélanie DARBRE, 38ans, décède le 27 Juin 1832. - Marie Jeanne BOURDIN, 51 ans, décède le 27 Juin 1832.

Du 30 Juin au 02 Juillet 1832. - 1 malade.

Le 02 Juillet :

- 1 malade

Le 05 Juillet 1832 :

- 3 Malades. - 3 décès.

- Jean Antoine BABLED, 74 ans, décède le 29 Juin 1832. - Armand Joseph MARQUE, 42 ans, décède le 30 Juin 1832. - Jean Baptiste BELLINE, 26 ans, décède le 01 Juillet 1832.

Le 06 Juillet 1832 :

- 1 malade.

Le 16 Juillet 1832 :

- 2 malades.

- Antoine Joseph BERTINCHAMP, âgé 74 ans, décède le 16 Juillet 1832.

· Le Journal de l’Aisne du 31 Juillet 1832, nous apprend que :

« Monsieur LORAIN, natif de Mauregny, habitant la capitale, à l’apparition du choléra dans cette commune a adressé à Monsieur le maire la somme de 1 000 Francs pour être distribuée aux indigents et les secourir dans leurs besoins les plus pressant.

Il a annoncé en même temps qu’ayant appris par son frère qui habite Mauregny, que cette commune était dans l’intention d’acheter un terrain pour en faire un nouveau cimetière (celui qui existe étant trop petit), il engageait la commune à en faire l’acquisition, qu’il se chargerait du paiement, et que sa bourse serait toujours ouverte pour le soulagement de ses compatriotes ; qu’il s’estimerait heureux s’il pouvait contribuer à sauver quelques infortunés de sa commune ».

C’est à cette époque que commence le Bureau de Bienfaisance de Mauregny-en-Haye (l’actuel Bureau d’Aide Sociale). François Asile LORAIN est aussi bienfaiteur de la commune de Montaigu, comme en témoigne la plaque commémorative dans la grande salle de la mairie de cette commune.

En résumé du 24 Mai au 1er Juillet 1832, il y a 35 décès à Mauregny, presque un par jour : 18 ont plus de 50 ans, 12 entre 20 et 50 ans, et 5 autres de 0 à 20 ans.

Nous ne savons pas si tous ces morts sont des victimes du choléra, mais si l’on compare avec les années précédentes et suivantes, on constate que, en tout, il y a 50 décès à Mauregny pendant l’année 1832, alors qu’il y en a eu 17 en 1830 et 21 en 1831. Il y en aura 16 en 1833 et 17 en 1834. En 1832 la population est de 630 habitants.

Le Journal de l’Aisne dresse le bilan global le 06 Novembre 1832 : 11 000 malades et 5493 décès dans notre département.


Mauregny en Haye 423 hab. par JM Moltchanoff       

Les cahiers d'histoire de Mauregny ont été rédigés par Guy Pluchart et Jacques Tavola
Les auteurs ont parcouru les services d'archives et publient "Les cahiers d'histoire de Mauregny". 
> Une histoire très détaillée du village de la préhistoire au 19° siècle. 
> Histoire du chanvre à Mauregny 
> Doléances de 1789 
> Cartes postales anciennes 
> Histoire de Fussigny, village disparu 
Un excellent travail ! Un des meilleurs sites de l'annuaire selon l'
Annuaire des sites d'histoire des villages

par Gilbert Delbrayelle

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