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Le 45e RI en 14-18 - Devant Mayadag

CHANGEMENT DE SECTEUR, EN POSITION DEVANT MAYADAG

 

Pour capitales que soient ces nouvelles elles ne nous passionnaient que médiocrement, et l'annonce d'un changement de secteur nous paraît d'un intérêt infiniment plus direct.

Nous sommes à la fin du mois d'août 1917. Nous avons passé l'été sans relève et nous avons eu sans cesse sous les yeux le même horizon dont nous sommes fatigués. Vivement autre chose que ces tristes montagnes sablonneuses ou rocheuses. Vivement autre chose que ces buissons rébarbatifs de jujubiers, de genévriers et de chênes nains qui ont l'air de pousser à regret dans cet ignoble paysage.

Mais nous allons, hélas, troquer une fois de plus un sort médiocre pour un sort pire encore. L'incendie qui vient pendant plusieurs jours de ravager Salonique ajoute à nos misères celle d'un ravitaillement qui nous parvient mal. Pendant plus de deux semaines nous sommes à un régime immuable de singe, et de riz qui suscite de violentes récriminations.

Relevés par un régiment hellénique de la division de Crête, ce n'est qu'un tout petit glissement vers la droite que nous exécutons. Nous nous approchons du Varvar aux miasmes empoisonnés. Du haut de nos positions nous voyons ces eaux troubles que le soleil implacable ne parvient pas à embellir. Nous occupons une ligne que jalonnent (au nord du village turc de Mayadag) les hauteurs du Dromadaire et du Raviné d'une part, les masures de Nadji-Bari-Mah et de Alkemah d'autre part.

Il est difficile d'imaginer une contrée plus déshéritée que la notre et d'une laideur plus agressive. Les Grecs qui s'en sont emparé y ont laissé la trace désordonnée de leur lutte et l'odeur écœurante des putréfactions inachevées. L'atmosphère étouffante que nous respirons contribue à corroder nos facultés de résistance.

Évidemment la guerre n'est pas une partie de plaisir, mais voilà 15 mois que nous sommes là, sensiblement à la même place, sans un jour de répit, sans un jour de repos, sans un jour de détente, minés par le paludisme et épuisés par la dysenterie.

De surcroît, nous avons à faire face à une petite épidémie de dengue, plus fatigante que dangereuse, mais dont l'apparition déconcerte une fois de plus fangeuse incapacité des médecins militaires.

L'été qui continue ne nous laisse pas encore entrevoir la fin des peines que partageront désormais avec nous les effectifs du 284ème R.I dissout et partiellement reversé dans notre régiment.


Date de création : 19/01/2013 @ 15:18
Dernière modification : 14/12/2013 @ 20:18
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