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Le 45e RI en 14-18 - Namur

NAMUR

Dans la nuit du 21 au 22 Août 1914, le Colonel avait reçu l'ordre suivant «  Un régiment formé des 2ème et 3ème bataillons du 45ème R.I et du 3ème bataillon du 148ème R.I se rendra sur la route de Namur à Louvain, à la borne 3, et se mettra sous les ordres du Général belge MICHEL, Gouverneur de Namur. Le 1er bataillon du 45ème laissé à la garde du pont d'Yvoir ».

Rassemblement à Bioul. Puis, à partir de 1 heure du matin, on remonte la rive gauche de la Meuse jusqu'à Namur où on arrive à 7 heures.

Il règne dans la ville une atmosphère d'enthousiasme et d'espérance.

On sait que toute la Belgique du Nord et de l'Est est envahie, que Liège et Bruxelles sont occupées et notre présence fait renaître la confiance dans le cœur des Namurois.

On défile aux accents de Sambre et Meuse devant le Général MICHEL et ses somptueux officiers aux tenues vert pomme et rose groseille, un prêtre nous bénit, de larges signes de croix.

Place Ste-Elisabeth, devant l'école des Cadets, a lieu une distribution de café chaud, au cours de laquelle la population, les femmes surtout se mêlent à nous pour nous acclamer et nous encourager.

Vers 8 heures le Colonel GRUMBACH reçoit les instructions suivantes :
« Le régiment devra s'efforcer de rester à Namur jusqu'au lendemain soir 23 Août pour assurer la jonction entre l'armée du Général LANREZAC qui s'avance sur la Sambre, à gauche de Namur, et celle du Général de LANGLE de CARY qui doit se porter, à droite de Namur, sur le front Namur – Ardenne, front que, vraisemblablement, elle atteindra l'après-midi du 23 ».

Nous sommes mis sous les ordres du Général belge HEURARD qui fait diriger le 3ème bataillon sur la route de Namur à Louvain, à la hauteur de la borne 3 près du village de Champion, le 3ème bataillon du 45ème sur la route de Namur à Hannut, à la hauteur du village de Bonnine et fait placer le 2ème bataillon un peu en arrière sur la même route.

En somme nous devons occuper à 3 kms en avant de Namur un front faisant face au nord avec, à gauche, le bataillon du 148ème et , à droite, le 3ème bataillon du 45ème ; sur une ligne à peu près délimitée par le chemin allant de Champion à Bonnine.

Vers 9 heures nous nous mettons en marche, nous traversons la Meuse et nous montons par une pente assez raide vers le faubourg de Bouge.

A peine avons nous démarré que nous sommes sous le feu de l'artillerie allemande. Cette fois-ci se ne sont plus des shrapnells, comme au jour de Houyet, ce sont de gros obus qui percutent non loin de nous au milieu du bruit et des projections de terre et de pierres. Du haut de la côte nous voyons tomber quelques obus sur Namur. Cette fois, cela va être sérieux.

On atteint sans trop de casse les positions désignées. On rencontre, chemin faisant, quelque tranchées creusées par les Belges, mais vides de leurs occupants. On a la surprise de voir pourtant quelques représentants de l'Armée alliée, dont la fantaisie des uniformes nous déconcerte. Ils sont réunis autour d'un marchand de glace dont la voiturette blanche, étincelante de cuivreries et de miroirs, nous laisse rêveurs en un pareil endroit.

Vers midi on donne l'ordre d'avancer. Le 3ème bataillon du 148ème, à gauche, progresse vers Védrin, au nord et à l'est de la route de Louvain. Le 3ème bataillon du 45ème se porte vers le bois des Grandes Salles, au nord et à l'ouest de la même route.

Partout on trouve des tranchées belges abandonnées.

Quelques fuyards nous apprennent que le fort de Marchovelette, à 2 kms au nord du bois des Grandes Salles vient d'être occupé par les Allemands.

Notre avance se fait sous un violent feu d'artillerie lourde et légère. N'y a-t-il donc pas de canons pour répondre à l'ennemi ? Si ! Une batterie belge doit se trouver dans une corne du bois où la 11ème compagnie reçoit l'ordre d'aller se placer en soutien. La 11ème compagnie se déplace sous une vive fusillade. Elle charge à la baïonnette pour dégager le bois ; Sous le feu des mitrailleuses, elle se replie laissant sur le terrain de nombreux morts et blessés : la batterie belge était depuis longtemps abandonnée.

Les autres compagnies essayent, en vain, durant la fin de l'après-midi de déboucher du bois des Grandes Salles. Dès qu'on veut sortir, les mitrailleuses arrosent tout le monde. La 10ème compagnie perd ses quatre chefs de section. On tient jusqu'à la nuit sous les balles et les obus, quand arrive l'ordre de bivouaquer sur place, à peu près sur les emplacements de départ du début de l'après-midi. La 12ème compagnie n'ayant pas été touchée par l'ordre rentre dans Namur où elle couche à l'école des Cadets.

La nuit est relativement calme. Mais la veillée sur le terrain est sinistre.

Le lendemain, dimanche 23 Août, la canonnade reprend intense, vers 9 heures du matin. Les troupes belges qui avaient reçu l'ordre d'aller réoccuper leurs tranchées ne tardent pas à se replier à nouveau.

Le Général HEURARD demande à notre régiment de quitter ses positions en combattant pied à pied. Mais l'ordre de repli est mal ou pas transmis.

L'ennemi se rapproche et est en contact direct avec nous. La situation est critique. Les Allemands font sentir plus durement leur pression. Le 2ème bataillon qui, à Bonnine, devait soutenir l'effort du reste du régiment couvre la retraite et son Commandant tombe héroïquement, après avoir combattu corps à corps, à coups de revolver.

Les troupes lâchent le terrain pied à pied. Six compagnies sont ralliées par le Colonel. On traverse à nouveau Namur dont l'aspect est maintenant funèbre. On fait sauter un pont qui, insuffisamment détruit, permettra encore le passage d'éléments isolés. Et, comme on pourra, on cherchera à rejoindre Bioul. Certaines compagnies sont à Jambes, faubourg sud de Namur, d'autres au ravin de la Gueule de loup, d'autres au bois de Villers.

Quand il arrive à Bioul, le Colonel n'a plus avec lui que 2 compagnies du 3ème bataillon et un peloton du 148ème.



Date de création : 19/01/2013 @ 11:12
Dernière modification : 20/01/2013 @ 09:00
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